10/08/10

Le sommet est atteint au Groenland

La montagne s’appelle Grundtvigskirken
«Nous sommes restés sans voix au moment de nous retrouver ensemble au sommet, sur une plateforme de quatre mètres carrés», déclare avec émotion Roger Schäli. La hauteur du big wall, du pied de la paroi au sommet, est de 1325,50 mètres exactement. La voie s’étend sur 40 longueurs, dont 39 ont pu être gravies en escalade libre ou après travail.

La mission
L’équipe de l’expédition est composée des membres du SALEWA alpineXtrem Team Daniel Kopp (A), Roger Schäli (CH) et Simon Gietl (IT), du responsable du camp de base Jost von Allmen et du photographe, chef d'expédition et alpiniste Thomas Ulrich. Leur objectif est la première ascension d’un big wall de 1'325,5 mètres situé dans la partie orientale du Groenland.

De nombreux préparatifs avant le départ
L’organisation du matériel est déjà un grand défi. Un équipement important est nécessaire pour vaincre les 1'325,5 mètres du big wall. Le matériel d’escalade que les grimpeurs hisseront avec eux pèse 120 kg à lui seul. Le luxe n’a pas sa place ici.

Zurich – Copenhague – Reykjavík – Kulusuk – Constable Point

Deux cents kilos de bagages ont été enregistrés à l’aéroport de Zurich lors du check-in. En outre, 250 kilos de matériel d’escalade et d’appoint ont été envoyés via FedEx directement en Islande. Après une halte à Reykjavík, les membres de l’expédition se sont envolés vers Kulusuk (est du Groenland) et ont poursuivi vers Constable Point, un relais inhabité. On y trouve uniquement une piste d’aviation en terre battue et six hangars. Là, Thomas s’est occupé de la mise en route des deux canots pneumatiques; Jost a tenté d’établir un contact avec le monde extérieur; Simon, Daniel et Roger ont empaqueté le matériel dans des sacs étanches et ont aussi préparé les rations journalières de nourriture pour les deux semaines à venir.

Les alpinistes sont aussi des marins

Une attention est portée sur chaque détail et le matériel est arrimé dans les canots pneumatiques. Les membres de l’expédition quittent Constable Point et foncent vers leur objectif. Ils sont entièrement livrés à eux-mêmes à partir de ce moment, et c’est là que les premières complications apparaissent. Ils sont obligés d’accoster en plein «désert» au bout de 50 kilomètres de navigation, une des deux embarcations présentant des problèmes. Après avoir regonflé le canot au moyen d’une pompe à pied et après avoir mieux réparti les bagages, les embarcations fortement chargées ont pu repartir à l’assaut des vagues. Les marins-grimpeurs se sont retrouvés trempés jusqu'aux os. Les moteurs de 60 ch consomment une grande quantité de carburant et l'équipe doit souvent s'arrêter pour remplir les réservoirs. L’itinéraire les fait passer à proximité d’immenses icebergs, dont l’un d’eux s’effondre quelques secondes seulement après le passage des deux canots. Les alpinistes doivent aussi contourner de grandes plaques de glace flottantes.

Arrivée au camp de base
La montagne se trouve dans une région inhospitalière et totalement isolée. La préparation de l’expédition a dû se faire sans cartes géographiques précises, celles-ci n’existant pratiquement pas en raison de l’isolement du sommet. Un emplacement localisé à environ 50 mètres au-dessus du niveau de la mer a été choisi pour le camp de base, après avoir renoncé à l’«île aux ours» située juste en face. Cette solution, plus pratique, leur permet d’oublier pour quelque temps les canots et la mer agitée. Après avoir installé la tente-réfectoire et les deux tentes-dortoirs, Simon, Daniel et Roger ont immédiatement commencé à organiser le matériel d’escalade; pendant ce temps, Thomas et Jost s’occupaient de tout le matériel restant, des canots et de la communication avec l’extérieur. Le camp offre une vue imprenable sur un paysage de fjords.

Le big wall est en grande partie à l’ombre
Simon, Daniel, Thomas et Roger ne perdent pas de temps et se rendent immédiatement au pied de la paroi. Ils sont impatients de découvrir enfin ce big wall de près. La dénivelée entre le camp de base et le pied de la voie est de 590 mètres; la marche d'approche dure environ deux heures. Les membres de l’équipe effectuent plusieurs fois le voyage et transportent ainsi une grande quantité de matériel. Ils en profitent aussi pour escalader les sept premières longueurs. Pour se rafraîchir, Simon et Thomas n’hésitent pas à plonger dans la mer glaciale. Roger renonce à ce choc thermique, le froid accumulé lors du voyage maritime des jours précédents étant déjà suffisant pour lui. La température de l’eau est de 3 degrés, et l'air atteint 20 degrés au soleil. Des conditions exceptionnelles pour le Groenland, et même un peu chaudes lorsqu’il s’agit de transporter du matériel.

La montagne s’appelle Grundtvigskirken

Nous n’avons remarqué aucune trace d’ascension précédente dans notre big wall jusqu’à ce point. Après avoir découvert il y a quelques jours que la montagne porte le nom de Grundtvigskirken, une information nous est parvenue disant qu'une équipe suédoise a grimpé dans ce massif en 1999. Les Suédois ont escaladé deux sommets hauts de 25 longueurs sur le flanc sud-est. Notre paroi se trouve quant à elle du côté nord-est.
 
Le sommet
Les vingt longueurs préparées les jours précédents sont franchies en cinq heures environ. Suivent ensuite 150 m de dénivelée dans une dépression gelée, avec le franchissement d'un champ de neige. La difficulté atteint le 8e degré alpin, et de nombreux passages sont franchis en techniques de fissure ou d’adhérence. Le rocher est presque entièrement lisse par endroits. La paroi sommitale devient plus verticale vers la fin, et rend la progression plus difficile dans ses derniers mètres. Entre temps, un total de 250 kilos de matériel, de nourriture et de boissons a été hissé et entreposé sur une petite vire située à une hauteur de 600 mètres. (transcrit par Natascha Knecht).


Tous les jours en direct du big wall
Daniel, Roger et Simon relatent quotidiennement leur première ascension au Groenland – en direct et via satellite depuis «leur» big wall de 1'400 mètres. Le photographe Thomas Ulrich se charge quant à lui des photos et des vidéos. Suivez l’expédition et l’aventure des alpinistes en direct sur http://blog.tagesanzeiger.ch/outdoor/
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